Sortie des classes reloaded

Mes excuses auprès de ceux qui ont vu passer le précédent « Sortie des classes » dans leurs agrégateurs, l’insolent s’était auto-publié…

Le blog se met en pause estivale en ce qui concerne les billets professionnels. Bel été à tous :-)

Sans doute une année sabbatique pour Liber, libri, m. : livre l’année prochaine, beaucoup de raisons à cela, trop longues à détailler maintenant. Comme elle, je n’ai plus fait de mise à jour de Wordpress depuis des mois… Et surtout l’envie de bloguer (ici) s’estompe progressivement tandis que l’impression de ne plus avoir de billets pertinents à publier se fait de plus en plus tenace. Si l’arrêt définitif semble prématuré, l’année sabbatique avec sa liberté de poster un « billet-carte postale » de temps à autre a son charme et permettra surtout de voir si ce blog doit rejoindre ou pas le cimetière des blogs

Énormément de questions à l’issue de cette année riches en rencontres professionnelles et en opportunités vraiment belles mais qui a aussi apporté son lot d’inquiétudes.

Entre autres, quel avenir pour les professionnels des BU, quelles nouvelles spécialisations, etc. ? Et quel avenir pour moi dans ce qui se dessine, quelle spécialisation, etc. ?


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Poindimié, Nouvelle-Calédonie, en juillet 2007.

Les faux nouveaux

Le billet de Silvère Mercier sur ce qu’il appelle la dérive commerciale de l’édition a fait l’effet d’une petite bombe dans la paisible biblioblogosphère. L’ouvrage évoqué dans son billet est annoncé comme une réédition sur plusieurs sites professionnels, il fait 25 grammes de plus que le précédent (d’après les informations données sur le site d’un libraire consulté ce jour), l’ISBN est différent. Sauf qu’à la lecture, il semble que le contenu n’ait gère varié.

Cet exemple a particulièrement choqué car il touchait un domaine que nous connaissons bien. Pourtant, il est symptomatique d’une pratique très largement répandue. Quelques pages en plus, une illustration ou une couverture différente constituent de parfaits prétextes à la mention « réédition » alors qu’une fois le livre en main, on s’aperçoit qu’il ne s’agit que d’une réimpression déguisée. L’édition étrangère ne fait guère mieux et certaines presses universitaires vont jusqu’à changer le nom de l’éditeur scientifique d’une histoire littéraire pour la faire passer pour une réédition quand la quasi-totalité des notices, elles, restent les mêmes !

La question qui se pose pour les acquéreurs est d’éviter ces pièges. Or ils ne vont pas en librairie puisqu’ils passent par des fournisseurs choisis au terme d’une procédure de marché public et les bibliographies commerciales courantes ne permettent pas de déceler ces fausses rééditions. Avec le temps, les acquéreurs chevronnés finissent par « renifler » certains de ces faux nouveaux ouvrages mais ils en laissent passer beaucoup d’autres.

Comment faire alors pour acquérir de vraies rééditions quand d’autres tâches réclament ceux qui font les commandes ? Comment choisir à la fois correctement et efficacement ?

Alors que j’allais mettre ce billet en ligne, une autre question me vient : que faire si l’on n’acquiert pas une fausse nouvelle édition, parce que nous jugeons qu’elle n’apporte rien à celle que nous possédons, et qu’un usager vient s’enquérir de l’absence de ce document ? Si l’usager a la chance de rencontrer l’acquéreur, il aura instamment l’explication mais sinon il y a de fortes chances pour que sa suggestion soit notée et finalement achetée.

Les pierres d’achoppement sont décidément nombreuses…

Les évadés de Santiago | Anne Proenza & Teo Saavedra

Des prisonniers politiques dans un pénitencier de Santiago du Chili pendant les dernières heures de la dictature, quand Pinochet consent enfin à laisser organiser des élections. Une seule idée anime ces hommes dont certains savent qu’ils ne seront jamais amnistiés, même si la transition démocratique a lieu : s’évader.

Les évadés de Santiago fait le récit incroyable de ces détenus qui ont creusé durant presque deux ans un tunnel de quatre-vingt mètres avec un matériel de fortune et qui ont dissimulé sous les toits près de cinquante tonnes de terre. Le tunnel est équipé d’électricité et d’un système de ventilation. Seule la détermination sans faille de ces militants du FPMR (Frente Patriótico Manuel Rodríguez) les a amenés à vaincre les difficultés immenses que dressait contre eux l’univers carcéral.

Ils seront quarante-neuf à s’évader, cela on peut le révéler car le récit, constitué de deux fils parallèles – l’avancée des travaux des prisonniers et le travail du juge pour remonter la piste des fugitifs -, le mentionne d’emblée. Curieux de constater comme cette histoire dont on connaît pourtant l’issue tient en haleine au fil des pages, sans doute grâce à la description de ce projet fou, écrite comme un roman policier.

Un ouvrage fort qui revient aussi sur une période historique moins connue que celle des années 1970, sur les derniers soubresauts des bourreaux et la lente mise en place de la transition démocratique chilienne.

Travaux d’été

- Ceci pour mes collègues

Et mille mercis à Un petit cabanon qui m’a permis de réutiliser son tutoriel sur Netvibes.

- Cela pour le réseau des documentalistes des écoles d’architectures

Petite histoire personnelle du web

Billet écrit il y a plusieurs mois, prévu pour être publié le 9 juin, sacrifié sur l’oral du concours et repoussé ensuite pour cause de billets urgents.

1999 : je vis en Nouvelle-Calédonie, sur la côté Est, dans un petit bourg de trois mille habitants. Pas de centre-ville, l’habitat est scindé en petites unités, ce sont les tribus. Les chemins pour s’y rendre sont en terre, nombre d’entre elles ne sont pas raccordées à l’électricité, ni à l’eau courante. Au village, nous sommes privilégiés de ce point de vue-là. L’eau, toutefois, n’est pas potable ; elle devient rougâtre à chaque averse. Cette couleur fait qu’on proscrit bien vite le bain, il reste le bain de mer dans le grand Pacifique, on n’a pas à se plaindre.

Mes deux seules occupations de l’époque sont le lycée et la plage. Je ramène des sacs entiers de livres de chaque virée à Nouméa, quatre heures de route, un col à traverser. Point. Le téléphone avec la métropole sonne parfois mais peu, les communications sont rares et si chères. Les retours au pays ont lieu une fois l’an. Heureusement que les vacances permettent de découvrir de nouvelles contrées. Je m’en rends compte maintenant, je m’ennuie beaucoup.

1999, donc, le premier ordinateur arrive à la maison. Nous l’installons dans la seule pièce qui ne voit pas la mer, pas un fait exprès, juste une question d’espace. A ce moment, tous les réflexes du papier sont encore là : on rédige les mails les uns après les autres comme on fait son courrier, puis on se connecte comme on allait à la poste. Le modem crachote à chacune des connexions. Il est en 52 Kbits, autant dire que le chargement d’une photo est long, très long. Quand elle arrive enfin, on s’émerveille, on s’ébaudit de cette magie qui nous rapproche de ceux qu’on a laissés, là-bas, dans le froid.

Je n’arrive pas à me souvenir si Google existe ou, du moins, si j’en ai connaissance. Je sais pourtant que je me suis servie d’un moteur pour trouver des informations sur Rafael Alberti, mort juste avant que je passe le bac. Peut-être Copernic, célèbre méta-moteur à l’époque.

2000 : Nouméa, la vie a changé. Je suis dans cette petite capitale de 100.000 habitants (à l’époque) au moment où elle bouillonne. Un théâtre ouvre ses portes et sa première saison est très belle. La FOL fait venir des artistes connus, attirés qu’ils sont par le lagon. Je peux aller au cinéma, ce qui me change de la séance trimestrielle de Ciné-brousse, projection sur le mur de la salle des mariages de la mairie d’un navet – pause au changement de bobine. C’est de cette façon que je verrai Titanic, mais au gymnase : un immense drap a été tendu, la salle des mariages était trop petite pour l’événement. Trois heures assise par terre, j’ai un souvenir larmoyant du film, de mal aux fesses.

2000, disais-je, je suis à la fac, je n’ai plus de CPE à supporter. J’appartiens à une association d’étudiants, je cours les manifestations littéraires de la ville et elles sont nombreuses et passionnantes. Je commence à me servir de l’ordinateur pour beaucoup de choses, administration de l’association, textes farfelus que je commets déjà (si jeune…). Je surfe de plus en plus, cherche des textes de loi, je connais le BO en ligne sur le DEUG par coeur, toujours limitée cela dit par les 52 Kbits. Ma documentaliste de reum est libérée à vie de la MAJ du RLR (fastidieuse mise à jour des classeurs du Recueil des Lois et Règlements qui rappellera sans doute quelques souvenirs à ceux qui ont connu les Jurisclasseurs papier), qui est maintenant accessible sur la toile.

2003 : Ariège, je suis revenue dans « mon » pays, j’en ai quitté un autre en y laissant une bonne partie de moi-même. Entre temps, la France est devenue grise, paranoïaque de l’insécurité. La monnaie a changé. J’ai l’impression d’être étrangère chez moi et d’être devenue une étrangère pour les miens, ça durera plusieurs années.

2003 est l’année où j’achète mon premièr ordinateur, à moi, avec les étrennes des cinq dernières années au moins. Je demande conseil et je me décide pour un Sony Vaio, écran 16 pouces, que je garderai cinq ans. J’y rédige ma maîtrise. C’est à cette époque que je prends l’habitude de taper quotidiennement. Ironie du sort, je n’ai pas Internet pendant ces mois ariégeois où j’écris sur le discours lyrique.

2003, Montpellier : je m’offre une connexion minimale dans mon antre d’étudiante. Pas de modem, je branche directement mon PC à la prise téléphone et je peux surfer, toujours en 52 Kbits. A cette époque, je prépare le CAPES et l’agrég. Je me suis imposé un rythme de travail effréné, qui portera ses fruits pour le CAPES. Dans cet emploi du temps de métronome, je m’accorde une pause Internet le mardi soir. C’est le jour où j’ai neuf heures de cours, dont l’ancien-français. Je suis incapable de passer la soirée à travailler le mardi, donc je surfe un peu et je travaille quand même, un peu aussi. La deuxième pause Internet hebdomadaire a lieu le samedi matin, avant le marché. Le samedi est mon jour de « repos », je ne travaille que quatre heures au lieu des huit du dimanche.

Ma pratique d’Internet à ce moment-là s’oriente un peu plus vers le surf, je passe mon temps à regarder essentiellement des sites… d’élevages de chats. Il faut dire qu’à ce moment-là, je ne connais pas le SUDOC, je ne sais pas ce qu’est le PEB et je n’ai pas idée qu’il puisse exister des périodiques électroniques.

2005, juillet : je me suis plantée à l’agrég, je n’ai plus d’espoir pour ce concours et je suis vraiment désagrégée. J’ai le CAPES mais je sens bien que le métier vers lequel il me mène n’est pas fait pour moi. Je me suis abonnée depuis quelques mois au Monde, qui me donne accès au Monde.fr. C’est là que je découvre la toute petite communauté des blogueurs abonnés. Je me décide à ouvrir mon blog. Rien de personnel, j’ai trop peur à l’époque, je me crée un petit monde où je raconte des histoires de chat : le chat Loupé, notre président de l’époque, a maille à partir avec son ministre de l’intérieur, le bien nommé chat Timent (notre président actuel). A la lenteur du bas débit, je surfe de plus en plus, je commente les billets des autres.

2006, le Gers : j’ai quitté Montpellier après ma démission du CAPES et me suis rapatriée, avec le chat (fonction conative du surf sur les sites d’élevage…), chez mon reup. Je travaille sur les cours du CNED pour le concours de bibliothécaire que je n’aurai pas.

C’est l’année où je me crée un Netvibes et où j’ouvre liberlibri. Mon Netvibes a un onglet, il doit contenir une vingtaine de flux, pourtant j’ai l’impression d’être passée à la vitesse supérieure. Bibliobsession a comme avatar un poussin jaune, Marlène tient Biblioacid avec Nicomo. Je suis toujours en bas débit.

Sur liberlibri, je ne dévoile pas mon identité, je pousse la prudence jusqu’à faire attention à ne pas utiliser d’accords du participe des verbes du premier groupe pour éviter qu’on sache que je suis une femme ! Je crée le blog comme vitrine de mon apprentissage en me disant qu’il témoignera de mon assiduité dans la préparation du concours de bibliothécaire. En effet, je fais dans ce cadre beaucoup de demandes de stage, on me répond invariablement : « attestation d’assurance fournie par la fac ou par l’ANPE ». Je ne suis plus étudiante, je n’ai pas droit au chômage. Je vais faire du bénévolat à Bibliothèque pour tous où je couvre essentiellement des livres. Il y a des fiches papier, une équipe de plus de 70 ans, je me sens comme un OVNI. Heureusement que je me prends au jeu du blog, sur lequel j’écris de plus en plus.

Je lis énormément à cette époque : des livres, des revues, des livres, des revues, des livres ; j’écris sur ce que je lis. Les deux me deviennent indissociables et indispensables très rapidement.

Bibliopedia m’ajoute à sa liste de biblioblogs. Cette reconnaissance de mon labeur m’enchante.

2006, Bordeaux. J’ai réussi à entrer à l’IUT Métiers du livre. La déception sera grande mais je ne le sais pas encore. Je m’offre du haut débit ! Seulement, Vaio 1er du nom est en bout de course et rame, ce qui me ramène à un temps de chargement des pages long, très long, trop long. Je peste beaucoup à cette époque, d’autant que la veille a pris une place importante. Je suis encore très disciplinée. Lorsque je reviens de l’IUT, je prépare ma pitance et celle du chat, puis je me mets à travailler sur mes cours. Je n’allume l’ordinateur qu’après avoir fini le travail courant. J’aime de plus en plus la lecture sur l’écran, je passe des heures à regarder tout et n’importe quoi. Je découvre le chat, pas le félin, mais msn.

Je ne sais plus à quel moment je délaisse netvibes pour google reader, ni si c’est cette année-là que j’installe firefox pour la première fois.

2007, Bordeaux toujours. J’ai été contactée par un certain Risu qui me dit être à l’IUT comme moi. Nous jouons à cache-cache un moment avec nos pseudos avant de nous rencontrer dans la vraie vie. Ironie du sort, il a fallu nos blogs pour qu’on se connaisse !

2008, Paris. Je vis dans cette ville du Nord (pour moi) depuis quelques mois déjà. Je change enfin Vaio 1er pour Vaio 2 grâce à un prêt à taux zéro de mon assurance (je le paie encore…). Avec Vaio 2 et le haut débit, je découvre le monde du web à la vitesse du son, bonheur. J’ai définitivement abandonné Netvibes pour Google reader, j’archive dans Delicious, je fais de plus en plus de veille et j’écris parfois jusqu’à trois billets par semaine.

Janvier 2008 : un peu dépitée par mes longues heures de bulletinage, je publie un billet farfelu dont je ne mesure absolument pas les conséquences. C’est le début de tout ! C’est aussi le moment où l’on commence à me traiter de geek et de droguée du web. Tant pis, j’assume tout en prenant soin de garder le contact avec les lectures-fleuve et la RL, quoiqu’ils en disent

2009 : ce blog figure sur le Netvibes de François Bon, je suis aussi contente quand je m’en aperçois que lorsque j’apprends ma réussite au concours de BAS. C’est d’ailleurs son billet sur les dictionnaires qui m’a fait repenser à ces onze ans de web.

2010 : je ne consulte plus les dictionnaires ni le journal sur papier. J’ai le TLFi, le Littré et un dictionnaire des synonymes en favoris, je lis le Monde sur écran (j’ai d’ailleurs supprimé l’abonnement papier, à la suite de problèmes de livraison, mais j’avoue continuer à tourner les pages du pdf – je ne me retrouve pas dans le site où j’ai la sensation de toujours passer à côté d’articles), j’ai acquis un netbook qui me suit presque partout pour pouvoir écrire en toutes circonstances. Mon écriture a changé depuis Montpellier quand je passais les concours de l’enseignement : à cette époque, j’écrivais bien, de belles phrases longues bien structurées avec les adjectifs justes. En entrant dans le monde du travail, mon temps d’écriture et de lecture s’est réduit comme une peau de chagrin et mon style s’en ressent, ce qui m’attriste énormément car j’aime plus que tout les jolies phrases. Je m’aperçois aussi que depuis que je twitte, je fais des phrases plus courtes lorsque j’écris !  J’entrevois une solution pour pallier ce problème de style, j’en reparlerai le moment venu.

Finalement, si j’ai la sensation de manquer de temps pour tous les projets que je voudrais mener à bien,  je suis enchantée de tout ce qui m’arrive grâce à, finalement, cette histoire du web.

Facebook, première génération

Ayant eu de plus en plus de difficultés à gérer les demandes de contacts professionnels de personnes que je n’avais souvent jamais rencontrées sur Facebook, je me suis interrogée sur ma pratique du réseau et sur la meilleure solution pour pouvoir profiter de ces potentialités sans entretenir ce mélange des genres public/privé qui m’agaçait au plus haut point.

Un tantinet d’histoire

Je dois faire partie de la première génération d’étudiants qui ont créé un Facebook. En plongeant dans les archives de mes mails, je retrouve la trace de mon inscription qui date d’août 2007. Je me souviens à l’époque d’avoir tâtonné, créant d’abord un premier compte très lisse (prénom : Liber ; nom : Libri) avant de constater qu’il n’y avait aucun professionnel sur ce réseau, sauf Manue bien sûr, grande exploratrice de la toile. Je suis donc revenue à un compte à mon nom, sur lequel je n’ai eu jusqu’à mon arrivée à Paris que mes « vrais » amis.

Depuis quelques mois, je reçois énormément de plus en plus de demandes de contacts de collègues bibliothécaires dont j’ignorais l’existence (désormais je réaiguillerai sur LinkedIn pour le réseau et sur Twitter pour la discussion), de demandes d’ »amis » de bibliothèques. Jusqu’à maintenant, je les avais acceptées. J’ai fini par en supprimer un certain nombre car le fil des statuts s’apparentait à Biblio-fr quand il était moribond : ne s’y trouvaient plus que des annonces pour m’inviter à des tapas littéraires à la médiathèque de Pétaoutruc-les-Pruniers, des informations sur les  SIGB, etc. Conséquence, mes vrais amis étaient noyés dans le flux. Et cela, je ne le veux pas.

Sans y étaler toute ma vie, il y a dans mes statuts Facebook force détails sur l’existence de mon félin cataleptique, des idioties, etc. Autant de choses qui ne mettent pas en péril mon identité numérique mais que je n’ai pas pour autant envie de partager avec tout le monde. Que je m’explique, pour moi Facebook est un peu comme un verre pris à un café, on sait qu’on est n’est pas seul, on peut raconter des bêtises, des anecdotes personnelles à ceux avec qui on se trouve, tout en gardant une limite qui sied à un lieu public.

D’où problème…

Je n’ai aucune envie aujourd’hui – plates excuses – de connaître la dernière animation de Pétaoutruc-les-Pruniers, ou la dernière version du SIGB Catalogator. J’ai juste envie de profiter des potentialités de l’outil pour savoir ceux que deviennent ce que j’ai quittés il y a bien longtemps et qui vivent aux antipodes.

Bien sûr, on me rétorquera qu’il y a les listes, seulement elles ont leurs limites, par exemple celle d’interdire ou pas le mur.

Se pose alors la question de créer deux comptes : mais sous quel nom s’inscrire ? Le réseau personnel comme le réseau professionnel ne connaissent que le nom qui est le mien, et je n’en ai qu’un. Que faire ensuite des collègues devenus des amis et des amis devenus des collègues (et restés amis !) ? Que faire enfin de certains compagnons du numérique, qui au fil du temps se sont mis à compter beaucoup ?

Et une solution pour l’instant satisfaisante

Après avoir beaucoup tergiversé, j’ai finalement créé un second compte  exclusivement professionnel sur lequel j’ai demandé à tous mes contacts professionnels de bien vouloir migrer. Pour les différencier, j’ai « espagnolisé » mon patronyme sur mon compte personnel (nom du père et de la mère) pour pouvoir disposer de mon nom tel que tous mes collègues le connaissent sur le compte professionnel. Pour l’instant, sauf quelques redirections à effectuer, cela semble fonctionner relativement bien. Enfin, sur ce compte pro, je peux poster à loisir des informations qui intéressent les collègues sans spammer mes amis non bibliothécaires.

Le flou entre les frontières professionnelles et privées induit par les réseaux sociaux me semble de plus en plus pesant mais la solution des deux comptes peut permettre de l’atténuer..

« Mémoires du web – Le web à la première personne : quelles traces conserver ? »

A la BnF, le 17 juin 2010, l’après-midi était animée par Arnaud Laporte de France culture.

-Récits de soi

Philippe Lejeune, APA

En 1999, on dénombrait 68 journaux personnels. C’est un paysage qui a déjà disparu. Quand Philippe Lejeune a commencé à travaillé sur le sujet, il a eu l’impression d’être à la fois un pionnier et un archéologue, face à une réalité vivante et à un paysage fantôme qui s’évaporait au fur et à mesure. Les journaux ont souvent disparu, incinérés d’un coup de souris. Pour lui, l’espace a remplacé le temps et pour reprendre Régis Debray, la communication a remplacé la transmission.

La forme même du blog, par son ordre antéchronologique, favorise cette absence de transmission, la nouveauté relègue le passé dans l’oubli. Toutefois, la sauvegarde de tout aboutirait au chaos. En 1999, rares étaient ceux qui se souciaient des journaux en ligne. Un orphelinat avait été créé par « Mongolo » [orthographe approximative], un diariste qui s’est préoccupé très tôt de la sauvegarde de ces journaux. Mais les orphelinats sont eux-mêmes mortels, ce qui a conduit à la création de l’APA.

Très vite, le constat était que l’APA n’était pas en mesure de réussir la sauvegarde des journaux en ligne seule, d’où partenariat avec la BnF.

Christine Genin, BnF

La BnF, par le biais d’un robot nommé Heritrix, procède à des collectes larges automatisées sur le net pour les domaines en .fr et elle organise également des collectes plus ciblées, en fonction de thématiques (comme celle sur les sites concernant les élections). Des bibliothécaires sont chargés d’établir des listes de sites pour des collectes plus précises, environ 20.000 sites à l’heure actuelle.

Les blogs, carnets de voyages et autres qui sont reliés à une discipline précise sont collectés dans les départements. Ceux qui ont une dimension personnelle échappaient au classement disciplinaire de la BnF et c’est pour cette raison qu’ils sont collectés directement par le service du DL du web.

Bernard Massip, APA

La BM d’Ambérieu offre un espace à l’APA. L’association publie une revue « La faute à Rousseau ».

Pour la collecte, l’APA procède souvent par la consultation des blogrolls des blogs déjà connus mais elle ne s’y limite pas. Les sites sont sélectionnés selon des critères de durée (au moins un an) et de qualité d’écriture. Il s’agit de sites personnels, pas forcément intimes, mais avec une expression de la subjectivité de la personne. Dès qu’une forme d’écriture est singulière ou que le thème sort de l’ordinaire, le blog est proposé pour l’archivage (exemple : Le paysan heureux). Les blogs sont classés par catégories : intime relationnel (vie intérieure), culturel, air du temps/société politique), convivial familial, art de vivre/loisirs (mode, beauté, déco, bricolage, cuisine), graphique.

L’APA est confrontée à deux tensions contradictoires : le droit à la mémoire et le droit à l’oubli. Le droit à la mémoire est important pour le blogueur lui-même (souvent la perte du site). La situation se révèle paradoxale pour l’APA : en général, l’association répond à des demandes d’archivage. Pour ce qui est du web, c’est elle qui transmet à la BnF des adresses de sites sans que les auteurs en soient forcément informés. Finalement, la solution retenue est un communiqué qui explique ce qu’est le DL du net sur le site de l’association.

Beaucoup des premiers diaristes étaient dans une prolongation d’une pratique papier, donc dans une idée de conservation. Depuis, beaucoup de personnes sont dans une logique de communication immédiate. Bernard Massip pense qu’avec l’avènement des réseaux sociaux, ces personnes vont peut-être désinvestir les blogs.

Christine Genin

La BnF procède à deux collectes par an. A chacune de ces collectes, une cinquantaine de sites est ajoutée.

Christine Genin a ensuite montré des copies d’écrans de plusieurs des premiers journaux intimes mis en ligne sur le web, puis de blogs anciens. Elle a ensuite présenté le module de recherches pour les archives de l’internet. A l’heure actuelle, seulement 5% des documents archivés sont accessibles par ce module. Il n’existe pas encore d’indexation par sujet : pour pallier ce manque, la BnF a mis en place de parcours guidés. Quand un blog a eu plusieurs états successifs, les états successifs sont présentés sur le site des archives. Voilà qui me donne envie d’aller d’être accréditée pour la consultation de ces archives.

Gilda Fiermonte, Traces et trajets

Gilda Fiermonte est une blogueuse consciente des traces qu’elle peut laisser sur le web, elle n’a donc pas été surprise ni gênée de savoir que son blog était archivé par la BnF. Par contre, son lectorat s’étant étendu au fil des ans, elle fait désormais attention à ne pas mettre de liens vers des blogueurs qui ne sont pas conscients de la question des traces sur le web, notamment ceux qui évoquent des difficultés au travail. De même, elle veille à ne jamais évoquer ses enfants sans leur en parler auparavant.

Martine Sonnet, CNRS, Institut d’histoire moderne contemporaine

Les blogs sont une source précieuse pour les historiens. Il s’est produit un grand changement entre le moment où l’historien devait aller en bibliothèque pour faire des recherches et aujourd’hui où il a la possibilité d’accéder à de très nombreuses sources à portée de clic. Entre émerveillement et sidération devant cette situation inédite, il peut accéder très facilement aux documents, ce qui ne va pas sans générer de nouveaux problèmes : cette matière prolifique est souvent éphémère. Il s’est ainsi opéré un passage de la rareté à une profusion fugace. Face à un blog, le travail de l’éditeur n’est plus le même que celui que l’historien pouvait faire à partir des sources papier : avec une source papier, l’édition du texte devait être accompagnée par des notes de bas de page, etc. Le blogueur procède souvent lui-même d’emblée à ce travail par des liens et des notes. Par contre, un travail d’un autre type naît pour l’historien : la profusion de traces laissées par les blogueurs est à rechercher car ces derniers interviennent beaucoup en divers endroits de la toile (traces sur des sites de photos, commentaires, etc.). Le travail de l’historien se modifie profondément. Martine Sonnet a également évoqué sa pratique personnelle de blogueuse avec L’employée aux écritures et elle est revenue sur la complémentarité entre son site et son blog. Elle a aussi mentionné l’importance de twitter comme traces que l’on laisse sur le web.

Arnaud Laporte s’est interrogé pour savoir, finalement, de quel soi on parlait sur le web tant l’identité était fragmentaire et fragmentée.

Une collection d’éphémères

Gildas Illien, BnF

Gildas Illien a présenté ensuite le dépôt légal du web dans ses aspects techniques juridiques et techniques. Je n’ai pas pris de notes, j’avais déjà fait un billet sur la question suite à une conférence. A noter que la BnF n’a pas eu pour l’instant d’opposition au dépôt légal de l’internet mais plutôt des demandes d’explications. Pour ce qui est de la consultation dont beaucoup regrette qu’elle soit limitée aux sites de Tolbiac et Richelieu, Gildas Illien a expliqué qu’il s’agissait d’une question juridique. La BnF a par exemple archivé L’autofictif d’Eric Chevillard. Or quand ce dernier a publié une partie de son blog sur papier, il a retiré les billets du site. Il n’est de fait pas possible de laisser cette archive en libre accès. Toutefois, la BnF espère pouvoir prochainement donner un accès aux archives de l’internet à toutes les bibliothèques dépositaires du dépôt légal imprimeur (globalement les grandes bibliothèques dans les régions).

Carole Daffini, Enssib

Carole Daffini est actuellement à l’enssib et elle a présenté son mémoire de DCB qu’on trouve dans la bibliothèque numérique de l’établissement. Je me suis dispensée de notes parce que j’avais déjà parcouru le mémoire mais la présentation était très intéressante, je tiens à le dire :-)

André Gunthert, EHESS

La BnF a longtemps représenté la première source de travail du chercheur. Internet a transformé le travail des chercheurs : ils ont eu tout à coup à leur disposition le corpus et ont dû de fait apprendre à gérer leurs propres archives. Avant l’avènement de l’internet, quand on avait besoin de se servir du 4e fichier matière, on se faisait guider par un bibliothécaire. On avait besoin de lui. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. André Gunthert considère qu’il y a eu une perte d’autorité de la BnF, notamment avec des positions tranchées comme celles qui ont pu être prises sur Google. En ce qui concerne le dépôt légal du web, la BnF a été réactive mais les chercheurs ont entre temps acquis une autonomie car ils ont quand même commencé à travailler sans elle au départ. Désormais, il n’est pas sûr que les chercheurs auront de nouveau envie de déléguer à un gestionnaire cette autorité de l’archive. De plus, pour l’instant, la BnF n’a pas encore fait la preuve de sa capacité à gérer un univers complexe.

Le blog (André Gunthert a créé la plateforme Culture visuelle sur lequel il a deux blogs, L’atelier des icônes et Totem) est l’outil qui fait exploser des catégories : lundi, on peut parler de recherche, mardi de son séminaire, mercredi de politique.

Autre problème que ne résout pas pour l’heure le mode de collecte du dépôt légal français, le fait que le chercheur ne se contentera pas de ce qui reste dans les frontières de l’Hexagone. De même, il perdure un problème de contenu : la BnF archive du texte, l’INA ce qui est visuel… Le blog représente un outil qui offre la possibilité d’associer les contenus. Est-ce que Culture visuelle sera archivé par l’INA ou la BnF ? On pourrait dire que le dépôt légal tel qu’il est pratiqué actuellement n’est plus de saison.

Une des réponses élaborées par défaut par son laboratoire est de se dire qu’on n’arrivera jamais à archiver tout l’internet (ou le seul qui en est capable n’est pas prêt à en donner les clés) mais que, face à une accélération de l’histoire, l’historien doit aussi accélérer son tempo : aujourd’hui nous produisons du passé à marche accélérée. C’est ce qui légitime le travail de l’historien : il est face à une nécessite de produire une organisation qui soit capable de décrire un paysage éphémère. Il est extrêmement important de produire des démarches qui témoigneront d’un passé dont il ne restera que ça.

Fanny Georges, Paris 1

Fanny Georges travaille sur l’identité numérique et les réseaux sociaux. Elle a évoqué la multiplicité des traces que l’on peut laisser sur Internet et les interactions qui se créent sur les réseaux. Elle a aussi traité des difficultés que peut rencontrer le chercheur face à ce matériau mouvant et parfois verrouillé que sont les réseaux sociaux.

Sociabilités

Clément Oury, BnF

Clément Oury a brossé un tableau des sociabilités que l’on peut retrouver aujourd’hui sur les archives du web. Les archives sont constituées de traces des usages sociaux récupérées par des collectes ciblées. Parfois, la BnF fait des collectes connexes : blogs et forums notamment. En effet, les réseaux sociaux sont constitués de telles manières que les robots ne peuvent pas toujours y pénétrer. Peut-être faudra-t-il inventer des robots qui aspirent les flux sans aller sur les sites (comme des sortes d’agrégateurs).

Louise Merzeau, Paris Ouest Nanterre La Défense

Les réseaux fonctionnent comme un milieu, comme un espace à habiter et ils constituent un milieu difficilement observable de l’extérieur. Il existe une dimension relationnelle du web social qui ne passe pas que dans l’expression mais se révèle aussi dans une dimension opératoire. Or dans l’archive, on n’a plus les boutons de lien, de recommandations, etc. Le paradoxe que comporte l’archive est d’avoir des traces sans feedback, sans la réactivité constitutive du web social.

Les réseaux ne sont pas seulement une question de représentation de soi mais ils sont utilisés plutôt comme des régies : sorte de tour de contrôle. Dans l’archive, on produit ou on renforce un cloisonnement (à l’échelle de l’individu) qui masque la portée réelle et sociale. Or des logiques d’agrégation, de percolation, de concaténation des contenus sont à l’œuvre en permanence. Les réseaux sociaux comportent une logique affinitaire : c’est le principe de « souscription » décrit par Olivier Ertzscheid qui consiste à se placer sous une autorité pour écrire.

Sur Twitter, les ramifications sont identifiables : chaque lien produit dans les tweets produit à son tour un cadre énonciatif. Il faudrait pouvoir archiver en plus du contenu le graphe des souscripteurs, un rendu du rythme, le nuage des tags associés et le faisceau des liens associés. Il va falloir développer des outils de cartographies.

Question de l’unité documentaire la plus pertinente : pour l’instant il s’agit de l’URL, mais le graphe pourrait s’avérer pertinent à l’avenir. De plus, la question doit se poser de la profondeur de l’archive : combien de clics et de pages distantes doit-on archiver ? Enfin, le degré d’implication de l’archive dans les réseaux eux-mêmes revêt une grande importance : l’archive doit elle-même s’immerger dans les réseaux, Heritrix doit devenir l’ami de certains ! [Et moi de me dire à cet instant, damned, et si Lapin de la BnF était un agent double d'Heritrix ?]

Désormais, on note une contamination de l’ensemble du web par les logiques sociales : une information ne vaut que si elle validée par un individu. Il y a de moins en moins de documents stables et objectifs : tout document emporte avec lui une trace de ses usages et de ses usagers. L’usager devient lui-même un document par les traces qu’il crée ou par celles qui sont laissées à sa place par les autres.

Paradigme de la personnalisation : l’information est aujourd’hui de plus en plus sur mesure et on peut dire en forçant le trait que toutes les données sont désormais personnelles car elles peuvent être rattachées à une personne.

Maintenant que la mémoire est publique, il faut se préoccuper de savoir qui va les utiliser. Il faut réfléchir à la patrimonialisation du web de façon à contrer un double risque, tout d’abord le risque d’une expropriation mémorielle et ensuite celui d’une repolarisation du réseau autour de rares puissances. L’expropriation mémorielle consiste dans les traces que nous laissons de nous et qui sont captées au risque d’une privatisation de notre mémoire. Cela l’archivage du web peut le contrer par la défense d’une mémoire publique contre une expropriation commerciale. La repolarisation du web est une tendance à remplacer le maillage réticulaire par une logique binaire (like/don’t like). Tous les parcours sont rapatriés vers un pôle (en l’occurrence facebook) et il existe un risque pour la structure même du web en soit affectée.

Il faut donc penser l’archive, certes comme artefact, mais comme quelque chose qui doit produire une intelligibilité et qui doit défendre la mémoire publique et la structure réticulaire du réseau.

Dominique Cardon, Orange Labs

Pour Dominique Cardon, on est désormais sorti du monde du document et on se trouve dans la conversation, dans l’oral. Quel type d’archive mettre alors en place pour cette conversation ?

Quand on a 500 amis sur facebook, on ne discute vraiment qu’avec 16 pour les femmes et 11 pour les hommes. Les conversations s’autorégulent et on n’intervient pas dans celles des « amis » un peu lointains selon leur teneur. Un statut personnel attirera des commentaires d’amis proches tandis qu’une citation ouvrira une discussion avec des contacts plus éloignés. Il existe continuellement un balancement entre une petite conversation et une plus grande. Ces conversations relèvent de l’ordre l’intime et du privé, mais également du grand public et d’une zone intermédiaire de « conversation privée en public ». Pour Dominique Cardon, ces publications publiques/privées devraient pouvoir s’évaporer, même si cela constitue un réel problème pour le chercheur. Le web n’étant plus documentaire, on est en train de vouloir aspirer la société, ce qui est démesuré.

Louise Merzeau

Les réseaux sociaux sont vivants, c’est effectivement de la conversation, mais ça n’empêche que la traçabilité traite ces éléments vivants comme des documents. C’est cette double dimension dont il faut prendre compte. L’archive publique pourra créer à la fois de l’oubli et un artefact. Seule l’archive publique peut permettre un débat sur le droit à l’oubli.

Dominique Cardon

Suite à une question d’Arnaud Laporte, il explique défendre le j’aime/j’aime pas de facebook qu’il voit comme une démocratisation du net vers des couches moins éduquées. Cela peut choquer ceux qui ont un « côté geek à l’ancienne » et qui sont attachés au lien. Il relativise aussi sur les discours très nombreux sur le profiling sur facebook : depuis deux ans qu’il est sur le réseau, il a encore comme publicité « jeunes u-m-pé » [l'orthographe bizarre est là pour éviter les moteurs...].

« Les bibliothèques à l’heure du numérique : évolution des publics et des services »

Mes notes prises à la volée, lors de la journée d’étude organisée par l’ABF Paris, qui a eu lieu aujourd’hui à la BnF. Possibles coquilles de ma part. Les diaporamas seront bientôt en ligne, ainsi que la vidéo de la journée. Et pour les papivores, je pense qu’il y aura un compte-rendu dans le BBF.

A noter qu’il y aura une 2e journée à l’automne sur l’évolution des métiers dans le contexte du numérique.

Les pratiques culturelles des Français à l’heure du numérique : synthèse de quelques études récentes. Cécile Touitou, chef de projet Public et démarche qualité, délégation à la stratégie et à la recherche, BnF

J’ai manqué la plupart de cette intervention, quelques notes de la fin.

La proportion des femmes qui vont à la bibliothèque est plus importante que celle des hommes.

Plus on est diplômé, plus on est susceptible de fréquenter la bibliothèques.

Les pratiques culturelles évoluent dans le temps (exemple de la télévision).

Des tendances comme la baisse de la lecture des journaux, etc. étaient visibles depuis quelques années. Si la révolution du numérique a certes eu des impacts, elle n’est pas l’unique responsable de ce qui est en train de s’opérer.

Le public du livre numérique : résultats d’une étude commanditée par le CNL. Julien Barbier, chef de projet Performance et contrôle de gestion, délégation à la stratégie et à la recherche, BnF

Le rapport remis à Bruno Patino sur le livre numérique en 2008 envisageait à l’époque les aspects économiques, ainsi que les questions de l’offre et de la demande.

Trois objectifs pour la présente étude : – évaluer la notoriété et l’attrait, – décrire les publics, – comprendre les opinions et les attentes des publics. Méthodologie en trois étapes : après une étude de cadrage, une analyse des publics puis un approfondissement des attentes du public.

La définition du livre numérique reste relativement partagée pour les personnes interrogées : il est plutôt vu comme un contenu que comme un contenant (comme un fichier numérique plutôt que comme une tablette).

Le taux de pénétration est relativement faible, à peine 5% de la population française a utilisé des livres numériques. 15% des Français déclarent avoir un intérêt potentiel pour livre numérique tandis que 66% ne se disent pas du tout intéressés. Parmi les personnes ayant déjà lu un livre numérique, 53% des personnes ne se déclarent pas intéressées par cette pratique.

Les publics actuels se fournissent sur les sites internet gratuits de type Gallica, projet Guntenberg, pratiquement pas sur les sites payants.

La bibliothèque a un rôle important car elle est souvent le fournisseur, ou l’initiateur des usages des documents numériques.

Attentes des publics concernant les livres numériques : des contenus moins chers, mais aussi des supports de lecture moins chers, une offre plus riche et diversifiée. Attente principale concernant les terminaux : le confort de lecture.

Freins : manipuler des livres papier ! Ce frein est à pondérer par une peur d’un confort moindre sur une liseuse.

Trois familles de publics pour le livre numérique : les distants, les pragmatiques, les affectifs.

Aline Girard, directrice du département de la coopération, BnF. Animatrice de la matinée.

Une étude a été réalisée suite à la commercialisation de l’Ipad : l’usage principal est le surf (83%), suivi des emails (71%), puis de l’apple store, des ebooks (33%) et de l’écoute de musique (28%). Les premiers usages qui émergent sont ceux d’un PC. Les contenus culturels (vidéos, livres, jeux) arrivent après.

Dans les derniers Livres Hebdo, beaucoup de données sur le livre numérique. A BookExpo aux Etats-Unis cette année, les éditeurs disaient s’attendre à du 50/50 entre papier et numérique d’ici peu.

La deuxième bibliothèque. Jean-Pierre Sakoun, consultant senior, société Savoir-Sphère

Les bibliothèques deviennent de plus en plus transparentes et ouvertes mais il reste des limites.

Comment, sans renoncer à la bibliothèque physique qui reste au cœur des besoins et de la demande, passer au-delà des limites et des murs ? Il s’agit de la compléter pour offrir aux usagers une bibliothèque globale qui soit partout et tout le temps, à la fois matérielle et virtuelle. Créer une deuxième bibliothèque, c’est-à-dire un outil de l’expansion illimitée de la bibliothèque et des services qu’elle offre.

Cette deuxième bibliothèque comprend les outils qui se sont développés au cours des vingt dernières années :

- informatique : dématérialiser les procédures,

- numérisation : dématérialiser les contenus,

- automatisation,

- internet et réseau : utilisateurs entre eux, utilisateurs et contenus sur des interfaces souples et mouvantes,

- web 2.0 : inscriptions des services mêmes de la bibliothèque sur le réseau,

- outils nomades : la bibliothèque vient au lecteur,

- réseaux sociaux : présence de la bibliothèque sur les réseaux sociaux, la bibliothèque est là où le public passe.

La bibliothèque globale est une bibliothèque où toutes les technologies se sont coagulées. L’épistémologie des techniques a montré que les technologies précèdent toujours les usages. En bibliothèque, les technologies qui ont vu le jour ces vingt dernières années ont toutes fini par faire sens.

Caractéristiques des générations Y et C : désaffection de la valeur travail au profit du développement personnel, individualisme, radicale dépolitisation, rapports sociaux relâchés, exigence d’une satisfaction immédiate des aspirations. Dans ce cadre, il peut être nécessaire de repenser les services.

La deuxième bibliothèque présente l’avantage d’être ouverte tout le temps et partout. Des bibliothèques comme celle de Singapour proposent des millions de documents accessibles en tout lieu et à tout moment.

A Brême (Allemagne), le nombre d’annexes est passé de 25 établissements de petite taille à 6 très grands. La collection physique a été réduite de 1 million d’ouvrages à 500.000 mais les capacités d’acquisitions sont bien plus grandes (les fonds tournent et sont régulièrement désherbés). La fréquentation a été décuplée. Les bibliothécaires de Brême ne cataloguent plus, n’équipent plus, ne prêtent plus (ces tâches sont effectuées par des services techniques centraux, ou par des automates de prêt). Les bibliothécaires sont avec le public tout le temps, dans la bibliothèque physique, comme dans la bibliothèque virtuelle. Il n’y a désormais qu’une seule bibliothèque, l’une étant indissociable de l’autre. A Brême, les recherches dans la bibliothèque physique ont chuté mais elles augmentent dans la 2e bibliothèque. Les statistiques de Brême traitent donc sur un pied d’égalité absolu les deux bibliothèques. On constate un recul limité des prêts physiques, une explosion du nombre de prêts virtuels, une croissance régulière de la fréquentation de la bibliothèque physique, une explosion du nombre de visiteurs de la 2e bibliothèque, un succès des automates et une grande satisfaction des usagers qui trouvent les bibliothécaires serviables.

La remise en cause des métiers des bibliothèques est indispensable pour que ce modèle fonctionne.

Le bibliothécaire équipé d’ipad est désormais dans le public, pas derrière un bureau.

Les bibliothécaires doivent parvenir à reconnaître les résultats de la 2e bibliothèque comme ceux de la bibliothèque physique car c’est cet ensemble qui fera le succès de la bibliothèque.

Réponse faite à une question : il faut repenser la formation des bibliothécaires et l’appropriation qu’ils auront à faire des contenus de leurs établissements en l’absence de traitement sur les collections.

Etre là où le public passe. Lionel Maurel, coordinateur scientifique Gallica, département de la coopération, BnF.

Présentation des stratégies mises en place actuellement par les bibliothèques.

Coup de tonnerre fin mars dernier, le trafic de facebook a dépassé celui de Google. Il s’est opéré un glissement d’un référencement automatique à un référencement social : ce qui compte désormais, c’est la recommandation des internautes.

Exemple des blogs : le trafic qui provient des moteurs est moins important (internautes attirés par des mots clés automatiques, aussi vite repartis), par contre le trafic venant des réseaux sociaux est élevé et les internautes qui sont arrivés ainsi sont ceux qui passent du temps sur le blog.

C’est la convergence de la production des contenus et du partage de ceux-ci qui a permis l’avènement des réseaux sociaux, le tout grâce au temps réel.

Il est extrêmement important pour un établissement d’être présent sur un réseau : pendant longtemps, la BnF n’a pas eu de profil facebook officiel : elle était quand même représentée sur le réseau, mais par le biais des groupes d’usagers. Si l’établissement n’est pas sur un réseau, il n’a pas la maîtrise de son image (le profil Lapin de la BnF par exemple).

A l’heure actuelle, il est donc nécessaire pour les bibliothèques de disséminer les contenus.

- Stratégie n°1, le site traditionnel :

Un site web classique n’aura pas plus de visibilité qu’un restaurant dans une petite rue. Le contenu (les menus pour filer la métaphore) n’est affiché que sur le site (le restaurant). L’usager doit savoir que la bibliothèque (ou le restaurant) existe pour découvrir le contenu.

La question est de savoir comment donner à voir cette richesse. En effet, l’utilisateur doit souvent trouver le site et taper une requête pour accéder aux documents. Il risque de passer à côté de beaucoup de choses (comment avoir l’idée de taper « estampes », par exemple, si on ne sait pas que l’établissement en possède ?).

Les murs des bibliothèques numériques existent aussi dans l’environnement numérique : il faut penser hors les murs et s’orienter « vers un web sans sites web », pour reprendre ce qu’avait développé Thierry Crouzet. Il faut donc devenir un propulseur.

- Stratégie n°2, celle de la pêche :

Tout bon pêcheur sait qu’il faut occuper des emplacements dans des espaces fréquentés, disséminer des appâts (documentaires) et s’assurer que l’usager pourra suivre la ligne.

Les précurseurs en la matière ont été la bibliothèque du Congrès sur flickr, puis la BM Toulouse en France. Actuellement, 42 bibliothèques et services d’archives y partagent des documents.
Dans le cas de la bibliothèque du Congrès, la stratégie de dissémination est globale : elle est présente sur flickr, Youtube, Itunes.

Comment passer du modèle du restaurant à ce modèle de la pêche ?

En ce qui concerne les répertoires de signets, par exemple, on peut disséminer leur contenu sur des sites sociaux comme Netvibes pour les signets de la BnF, ou comme Delicious pour les signets de la BM de Toulouse.

Il existe des bibliothèques qui sont des anges disséminateurs : la médiathèque du pays de Romans par exemple possède un Twitter, des blogs, elle est aussi présente sur flickr, issuu, dailymotion, google maps… L’efficacité de cette stratégie est payante puisque le blog de la bibliothèque arrive avant la FNAC pour des résultats de recherche de livres sur google. En disséminant ses contenus, la bibliothèque crée un écosystème de liens reliés que Google référence très bien.

Gallica a désormais plusieurs extensions 2.0 : la bibliothèque numérique est prolongée par un blog, un portail netvibes, qui permet d’exposer les flux RSS, et une page facebook, où l’interaction est beaucoup plus forte que sur le blog.

Facebook est un outil très puissant de dissémination. Chaque fois qu’une personne « aime » quelque chose, cela apparaît sur son profil et devient visible pour ses amis (dissémination virale). Grâce à la synchronisation des réseaux sociaux, la dissémination s’exporte sur tous les réseaux (twitter, etc.).

Le partenariat BnF/Wikimedia, avec un versement de 1400 textes et des métadonnées associées, va permettre de tester une nouvelle forme de partenariat avec une communauté d’internautes.

Attention toutefois à ne pas abandonner les dispositifs 1.0, la lettre de d’information de Gallica a plus de 10.000 abonnés et beaucoup y font eux-mêmes référence sur les réseaux sociaux.

- Stratégie n°3, le modèle de la mode :

Permettre aux usagers de venir essayer vos contenus sur le site, les laisser repartir avec ce qui leur plaît. Les contenus portant votre marque, ils seront connus de nouveaux usagers potentiels. L’usager devient lui-même l’agent disséminateur et on peut ainsi profiter de la « pollinisation » qu’il effectue.

Cela nécessite de changer l’architecture du site pour permettre à l’usager de s’approprier les contenus : un espace personnel qui n’est pas partageable par exemple est désormais insuffisant.

Les flux RSS permettent aussi d’être en mesure d’amener à soi l’information pour gagner du temps. Le flux RSS de Gallica offrent par exemple la possibilité de s’abonner à un type de documents, de requêtes, etc.

Il faut enfin permettre l’appropriation des contenus par l’usager. Les usagers doivent pouvoir récupérer les photos et faire un lien vers le site. Le choix d’autoriser et de faciliter la réutilisation des contenus (exemple de Gallica, avec des vignettes exportables notamment), implique une modification des conditions juridiques d’utilisation mais il permet une dissémination accrue.

Conditions de réussite ou d’échec de la présence des établissement sur les médias sociaux :

Ce qui importe avant tout, ce sont les contenus. Un facebook sans contenu est une coquille vide qui ne fonctionnera pas.

Il s’agit pour les créer de mettre en place pour cela une véritable chaîne éditoriale interne. Pour cela, il faut cerner les usages et développer les compétences (twitter/facebook), c’est-à-dire penser la dissémination comme une forme de médiation numérique. Il ne faut pas avoir peur des doublons (plusieurs réseaux) et lever les obstacles juridiques à la dissémination.

Pour le professionnel, être sur un réseau social nécessite une pratique personnelle : il existe de nombreux codes sur les réseaux qui requièrent une appropriation (contrairement à Word, Excel, etc).

Enfin, il faut faire confiance à l’inventivité des usagers et à leur curiosité : un internaute a fait un remix de Gallica sur Youtube avec les partitions et la musique.

Question : le temps de travail induit pour alimenter ces nouveaux contenants est difficile à dégager quand le personnel est toujours très occupé par les tâches traditionnelles.

Aline Girard, en réponse à la question : c’est là tout le cœur du problème, il s’agit d’inventer une nouvelle organisation.

Retour sur l’expérience des learning centres. Graham Bulpitt, directeur des services de bibliothèques, Université de Kingston (Grande-Bretagne)

Il existe des learning centres notamment à Sheffield, Hallam university et Kingston.

L’attention portée à l’expérience d’apprentissage de l’étudiant est une des caractéristiques clés du système éducatif britannique.

Trois éléments : l’enseignant, l’étudiant, l’information. Le modèle d’apprentissage traditionnel où l’enseignant est le maître s’oppose au modèle d’apprentissage autonome où l’enseignant n’est plus qu’un simple guide. Dans ce deuxième modèle, les étudiants participent activement et s’impliquent beaucoup dans leur apprentissage. Dans ce cadre, les bibliothèques, les centres d’information ont un rôle crucial.

Campus électronique : il s’agit de créer un environnement électronique qui recopie toutes les possibilités d’un environnement réel, de façon à permettre aux étudiants de naviguer sans heurts entre les deux (d’une manière qui correspondent à leurs besoins propres). Cela ne signifie pas que le virtuel va prendre la place du réel, il s’agit de permettre à l’étudiant d’avoir le choix.

Le learning centre découle ainsi d’une philosophie qui correspond à un apprentissage actif. Il ne s’agit pas forcément de créer de nouveaux bâtiments mais de penser une nouvelle manière d’organiser les services.

A Shieffield, l’environnement flexible et il intègre un ensemble de ressources. Il a réuni plusieurs activités : bibliothèques et services d’information, e-learning, recherche en éducation, production multimédia. Le centre est ouvert tous les jours de l’année.

Nouveaux modèles de service en BU : le Learning Grid de la Warwick university. Le bâtiment est séparé de la bibliothèque principale et est conçu comme un espace social d’apprentissage. Au Saltire centre de la Glasgow Caledonian university, on trouve un café éducatif, du soutien à l’apprentissage et du soutien aux cours de la bibliothèque, etc.

A Kingston, le centre Nightingale comprend un café éducatif (qui génère 2000 livres de chiffre d’affaires par jour !), des espaces de travail individuels, des salles pour le travail en groupe, un centre d’apprentissage flexible, il offre la mise à disposition de postes informatiques, des bornes d’aide et de conseil. Ouverture 24/24.

Les espaces de la bibliothèque ont subi une transformation, n’étant plus organisés autour des collections mais autour des espaces d’apprentissage. Cela a nécessité l’extension du rôle du personnel de bibliothèque : ses fonctions ont été élargies, notamment en matière de soutien à l’apprentissage. Ses compétences sont désormais très larges : développeur, analyse de métadonnées, chef de projet, bibliothécaire, … Le personnel est encouragé à travailler de manière flexible afin d’acquérir en permanence de nouvelles compétences et de façon à ce qu’il puisse répondre à toutes les types de demandes.

42% des étudiants fréquentent le centre tous les jours et 86% apprécient la qualité de son service.

Accès étendu à des services : les étudiants peuvent apprendre de façon virtuelle et réelle et ils ont la possibilité de s’engager dans différentes activités d’apprentissage sur un vaste choix de supports.

Question :

- rôle des enseignants ?

Graham Bulpitt : ce sont eux qui sont au coeur de l’action pédagogique. Modalités d’apprentissage inscrites au coeur des cursus.

- La bib dans le learning centre ?

GB : Elle en est partie intégrante, fondue dedans.

- Ouverture ?

GB : Equipe spéciale pour les heures de nuit à Kingston : c’est une équipe de professionnels qui assure ces heures, pas la sécurité, ni des moniteurs étudiants.

- Comment s’articulent les différentes professions ?

Suzanne Jouguelet : le département de G. Pulpitt est un département de systèmes d’information où il existe une convergence entre la bibliothèque et les autres services. Cela nécessite également beaucoup de formations.

Le modèle des learning centres est-il transposble en France ? Suzanne Jouguelet, inspectrice générale honoraire des bibliothèques

En anglais, learning signifie un processus d’acquisition des connaissances. C’est un modèle qui intègre fonctionnellement et spatialement un continuum de services : bibliothèques, services multimédia, etc. où les services ont été fusionnés pour mettre l’utilisateur au centre du processus.

Définition ISO (en cours d’élaboration) : zone de la bibliothèque dédiée aux objectifs d’apprentissage des connaissances. Intègre le plus souvent la bibliothèque et les services liés aux nouvelles technologies (avec réseau sans fil, équipements multimédia et des services d’aide aux utilisateurs par des bibliothévaires ou des spécialistes des technologies). […] Équipement distinct à intérieur ou à l’extérieur de la bib, ou une partie intégrante de la bibliothèque.

Le succès des learning centres est surtout patent dans les établissements qui ont une proportion importante d’étudiants étrangers et des filières professionnalisantes (et non pas à Cambridge, par exemple). Dans ces établissements à vocation professionnelle, le lien avec les enseignants est plus facile : les enseignants qui sont souvent des professionnels eux-mêmes reconnaissent d’emblée les bibliothécaires comme des professionnels.

Les learning centres cherchent à viser les étudiants, mais aussi les chercheurs et le grand public. A Tillburg (Pays-Bas), le learning centre est orienté en partie vers les enseignants-chercheurs (espaces dédiés, réseaux sociaux, etc.). A Birmingham (BM), un projet intéressant de fusion entre un learning centre et un théâtre est en train de voir le jour. Le Rolex de Lausanne veut accueillir un large public, en plus des étudiants.

Missions :

-orientées vers l’usager,

-documentaire papier et électronique (la question se pose actuellement de l’e-only pour les périodiques),

-technologies informatiques et audiovisuelles (vidéoprojecteurs pour que les étudiants puissent répéter leurs présentations d’exposés par exemple),

-sociale (bourses notamment),

-culturelle (formule du Rolex : « apprendre, innover, vivre »).

A l’université d’York, il s’agit aussi de disposer de personnels qui encouragent le débat.

Au Rolex, outre un café, une banque et des salles de réunions, une large place est faite aux associations d’étudiants et d’anciens élèves (ceux-ci ont été consultés en amont du projet pour en faire partie et faire le lien vers le monde du travail avec les étudiants). Le Rolex abrite également les presses universitaires, une librairie et un centre d’orientation professionnelle. Il est situé au cœur de l’université, avec des couloirs et des passerelles qui le relient à l’université. Par contre, c’est une équipe composée de moniteurs étudiants qui y assure le service de nuit. Le prêt/retour se fait par RFID.

L’importance des locaux est extrême : le lieu doit être attractif, on doit avoir envie d’y entrer. L’acoustique a un rôle crucial pour permettre à la fois le travail en groupe et le travail individuel (si travail en groupe, l’acoustique doit être feutrée).

Budgets:

- mécénat (au Rolex par exemple).

- les fonctionnements sont coûteux : pas d’innovation une fois pour toutes, il s’agit toujours de maintenir le modèle mais aussi de le renouveler en permanence.

Rôle central de l’évaluation :

- enquête de satisfaction, focus groupe, entretiens. Quelques mois après l’enquête, plaquette pour le public : voilà ce qui est ressorti, voilà les mesures que nous allons prendre.

Contexte universitaire français :

- retard relatif avec des faiblesses structurelles et avec une culture professionnelle insuffisamment ouverte à la comparaison,

- nécessité de développer l’axe prioritaire de soutien à l’acquisition des connaissances, accessibilité accrue, etc.,

- est-ce qu’un SCD est apte à piloter seul un learning centre ? Il semblerait que non et qu’il lui soit nécessaire de travailler conjointement avec d’autres services.

Un learning centre est-il encore une bibliothèque ? La réponse varie selon les exemples.

En France, à l’heure des opérations campus et des PRES, la mise en oeuvre de learning centres peut sembler possible.

La bibliothèque publique de Delft. Eppo van Nispen tot Sevenaer, directeur de la DOK

La bibliothèque est l’institut public le plus visité dans le monde. Pourtant son image traditionnelle est la suivante : c’est vieux et ça a un problème avec les politiques en temps de crise.

Mission modeste de Delft : être la bibliothèque la plus moderne du monde ! Etre un meilleur ami pour l’usager que Google.

Services (F5) : fat, fact, fing, FTS, fun. Or les bibliothèques ont du mal avec le concept de plaisir.

Plug & play. Pas de règles.

La bibliothèque a une montagne de règles : ça devient un événement d’aller à la bibliothèque parce que c’est le lieu du monde où on ne doit pas … RIEN !

La bibliothèque doit faire preuve de flexibilité.

A la DOK, les couleurs choisies sont le orange et le jaune parce que les gens aiment ces couleurs, contrairement au noir ou au blanc). Il y a une salle de musique, un espace pour essayer les nouveaux appareils (ipad, etc) et jamais de contrôle par les bibliothécaires. Dans le coeur de la bibliothèque se trouve un espace où on peut organiser des concerts, etc. Le wifi est gratuit (pour les usagers inscrits). Le travail dur et répétitif est fait par les machines et les ordinateurs.

Les bibliothécaires aiment les textes mais il n’est pas dit que les générations futures vont les aimer. A nous de nous adapter à cette génération de l’écran.

Travailler ensemble, comme les mousquetaires : un pour tous, tous pour un. Outside in : les partenaires à l’extérieur (les archives par exemple) arrivent à la bibliothèque via la table tactile. Et les archives ont gagné en visiteurs depuis qu’elles sont virtuellement présentes à la DOK. De même, la bibliothèque travaille en partenariat avec la BU de la Delft. Passer outre la compétition bibliothèque publique / bibliothèque universitaire. La BU est vide quand il n’y a pas d’examens : ils ont profité de ce moment pour monter un partenariat et organiser notamment une conférence sur le jeu vidéo.

Il ne faut pas négliger la question du marketing. Quand on fait un bon marketing, ça rapporte beaucoup et l’investissement de départ est rentabilisé. Le marketing est une vraie profession (c’est pas Philippe ou Marcel de la bibliothèque qui s’en occupe !).

S’il y a un beau café, on attire de nouveaux publics, notamment un public masculin.

Twitter, youtube, facebook, flickr… il reste beaucoup de travail à faire aux Français !

L’avenir est aussi sur les terminaux mobiles. L’heure du numérique est 24h/24h, 7j/7 alors que les bibliothèques, elles…

Le numérique ne dit rien aux enfants. Pour eux, le numérique, c’est la norme.

Les services numériques aux usagers : l’exemple de la médiathèque de l’Astrolabe de Melun. Florence Couvreur-Neu, responsable des services multimédia de la médiathèque de l’Astrolabe

Le nouveau portail 2.0 de la médiathèque a été lancé depuis deux mois.

A l’Astrolabe, la philosophie est de toujours garder à l’esprit que la bibliothèque n’est pas seulement la maison des livres, c’est aussi la maison des hommes.

Ont été créés pour ce faire trois services innovants :

- le Cyberlab : dès le rez-de-chaussée, c’est un service de création numérique, d’initiation et de veille technologique. L’équipe a été préalablement formée aux outils pour lesquels elle doit assurer de l’aide,

- le kiosque : c’est un espace spécifique sur la presse, mais aussi sur l’emploi et la formation. On y aide à la rédaction de CV par exemple,

- Déclic : c’est un espace d’autoformation, ou on peut bénéficier d’une assistance personnalisée. S’y déroulent notamment des ateliers de relooking du CV. L’aide personnalisée passe par la rédaction de documents et par la traduction parfois – documents de demande d’asile par exemple. La demande d’autoformation la plus importante, 55%, est pour le code de la route, suivi par les langues.

Le nouveau portail 2.0 comporte un service d’autoformation à distance (toutapprendre.com ; vodeclic ; orkypia). On y trouvera très prochainement de la musique en ligne, des livres numériques et de la VOD. Les bibliothécaires sont dans une démarche de développement constant : tout ce auxquels ils penseront ou auxquels les usagers et les non-usagers leur feront penser, explique Florence Couvreur-Neu. Il s’agit finalement de présenter plutôt une mise en offre qu’une mise en service.

Constats : le nombre d’emprunts est stable, le nombre des utilisateurs des services numériques sur place est en augmentation. Depuis la mise en place du service d’autoformation en ligne, les gens viennent davantage sur place.

Dimanche

Pascal Quignard, Lycophron et Zétès, « Note sur les sociétés bicamérales », p. 299 – 300

9

Le dimanche

Il y avait un jour voué au vide.

Un repère dans le temps parquait la semaine. C’était le jour du Mystère. A la fois il fermait la semaine, devenue grâce à lui antérieure, et il s’apprêtait à ouvrir, par sa halte, la suivante. Ce jour était donné à Dieu. Il affranchissait du travail qu’il rompait. C’était un signe de ponctuation dans la phrase infinie des heures, des nuits, des aubes.

C’était le jour où lire.

C’était une epochè dans le temps.

*

C’était le samedi pour les Juifs.

C’était le dimanche pour les Chrétiens.

C’était le vendredi pour les Musulmans.

Mais peu importait le choix du jour : c’était comme le zéro dans les nombres. IL fallait ce temps vide pour énumérer le temps dans les dates jusqu’au jour où surviendrait la mort.

Une journée d’étude à ne pas manquer !

Organisée par l’ABF Paris et Ile-de-France, le 14 juin aura lieu une belle journée sur le thème :

« A l’heure du numérique, l’évolution des publics et des services »

Jugez plutôt du beau programme  et des participants !

(Des blogueurs se sont glissés parmi ceux-ci, saurez-vous les retrouver ? ;-) )

C’est à la BnF et on peut s’inscrire ici, sur le site de l’ABF.

9h     -  9h30     Accueil des participants
9h30 -  9h45     Présentation de la journée, par Aline Girard, directrice du département de la
coopération, BnF – vice-présidente du groupe ABF Paris

9h45 – 12h30 Evolution des publics et des services
Animation de la matinée : Aline Girard

9h45 – 10h30
Impacts du numérique sur les pratiques culturelles des Français. Cécile Touitou, Chef de projet public et démarche qualité, délégation à la stratégie et à la recherche, BnF

10h30 – 11h15
La deuxième bibliothèque. Jean-Pierre Sakoun, consultant senior, société Savoir-Sphère

11h15 – 11h30
Pause

11h30 – 12h15
Etre là où le public passe. Lionel Maurel, coordinateur scientifique Gallica, département de la coopération, BnF

12h30 – 14h00         Déjeuner libre

14h – 16h30  Evolution des modèles de bibliothèques
Animation de l’après-midi : Dominique Lahary, directeur adjoint de la BDP du Val d’Oise,
président du groupe Ile-de-France

14h – 14h45
Retour sur l’expérience des Learning centers. Graham Bulpitt, directeur des services de bibliothèques, Université de Kingston (Grande-Bretagne)

14h45 – 15h15
Le modèle des Learning centers  est-il transposable en France ? Suzanne Jouguelet, Inspectrice générale honoraire des bibliothèques

15h15 – 16h00
La bibliothèque publique de Delft (Pays-Bas). Eppo van Nispen tot Sevenaer, directeur de la DOK

16h – 16h30
Les services numériques aux usagers : l’exemple de la médiathèque l’Astrolabe de Melun. Florence Couvreur-Neu, responsable des services multimédia de la médiathèque de l’Astrolabe

16h30 – 17h00         Débat

17h15  Clôture de la journée

Une deuxième journée est prévue à l’automne, pour faire suite à celle-ci : elle concernera l’évolution des métiers , toujours à l’heure du numérique. A suivre, donc…

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