Philippe Jaccottet | Le Bol du pèlerin


Quelques lignes glanées dans cette belle lecture, aussi belle que toutes de celles de Jaccottet d’ailleurs. Les citations ci-dessous ne sont peut-être pas dans l’ordre des pages, on voudra bien m’en excuser…



« Quand je m’y suis mis quelquefois, à considérer les diverses agitations des hommes [...], j’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre… » Même si Pascal précise ensuite qu’un homme sans divertissement est le plus malheureux de tous, il sait que tout divertissement est illusoire ; et que l’homme qui pourrait se concentrer, dans le silence et la solitude, sur les seules tâches nécessaires, est le seul qui soit dans la vérité.



Il y a là quelquefois des couleurs particulièrement austères, hivernales, de bois et de neiges, qui vous font penser à la patience des vieux paysans ou à celle du moine, dans sa robe de bure : un même silence que sous la neige ou entre les murs de chaux d’une cellule. La patience qui signifie avoir vécu, avoir peiné, avoir « tenu » : avec modestie, endurance, mais sans révolte, ni indifférence, ni désespoir ; comme si, de cette patience, on attendait tout de même un enrichissement ; à croire qu’elle permettrait de s’imprégner sourdement de la seule lumière qui compte.



Mais il m’est arrivé aussi de penser, avec le temps, que l’excès de scrupules et la flagellation de soi-même pouvaient n’être, dans certaines circonstances, que du temps perdu et des forces gaspillées ; qu’il valait mieux, dans ces circonstances, assumer sa naïveté et aller de l’avant. C’est ce que je fais ici, sans plus de détours, à visage découvert ; ce visage apparaîtrait-il au bout du compte celui d’un fameux niais.


Comments (3)

[...] à Liber-libri pour ce [...]

Insula dulcamaraaoût 31st, 2009 at 22:29

« Assumer sa naïveté et aller de l’avant », je vais placarder ça dans ma bibliothèque !

liberlibriaoût 31st, 2009 at 22:40

Bonne idée :-)

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