La pluie jaune | Julio Llamazares
Ce billet aurait pu s’appeler Apostille à Miravete de la Sierra, tant il fait écho à cet exode des vallées pyrénéennes que j’avais déjà évoqué dans un précédent billet. Grâce à une critique de l’indispensable Quinzaine littéraire, j’ai découvert le roman de Julio Llamazares, La pluie jaune. Il se déroule dans l’Aragon de mon grand-père, pas bien loin de mon propre village qui, lui aussi, se vide peu à peu.
Dans le livre de Llamazares, un vieil homme survit seul à Ainielle. Tous les habitants ont fini par partir et sa propre femme s’est pendue avec la corde qui servait à attacher le sanglier. Ne restent plus que lui et une chienne. C’est une valse de morts, une menace constante de la folie, qui entoure le vieillard.
« Un silence immense occupait le village entier, il introduisait sa grande langue sale dans la pénombre des maisons, fourrageant dans la rouille de l’oubli et la poussière accumulée par les ans. »
« A dater de ce jour, la mémoire fut ma seule raison de vivre et mon unique décor. »
« Dès lors j’ai vécu en me tournant le dos. »
« Insensiblement, la rouille entama sa progression irrépressible. Petit à petit, les rues se remplirent de ronces et d’orties, les fontaines débordèrent de leur lit primitif, les cabanes succombèrent sous le poids du silence et de la neige et les premières lézardes apparurent sur les toits et sur les murs des maisons les plus anciennes. »
« J’ai toujours voulu mourir ainsi, comme un arbre assoupi, comme un tilleul envoûté, dans la paix de la nuit, par la lueur de la lune. »
« Oublié de tous, condamné à ronger ma mémoire et mes os, j’ai gardé jour et nuit les chemins d’Ainielle sans permettre à personne d’approcher du village. »
L’article du Matricule sur La pluie jaune est superbe, on peut aussi lire cette critique chez Les chats de bibliothèque(s). Pour voir Ainielle, c’est ici (impossible de trouver une image sous CC !) et pour une éventuelle randonnée, c’est là. Et il y a enfin ce blog qui évoque la rudesse de l’Aragon.
