La Mer noire | Kéthévane Davrichewy

Une vieille dame à chat prépare avec autant d’émotion qu’une adolescente la robe qu’elle revêtira dans quelques heures, tout en se souciant des marques laissées sur ses joues par le masque à oxygène qui lui permet de vivre encore un peu. Elle vacille parfois et se souvient.

Une enfance heureuse en Géorgie, dans une famille aisée, dont les membres très soudés se réunissaient souvent. Puis le premier amour, Tamaz, le jeune homme d’un été, le souvenir de toute une vie. Entre temps, l’exil, Paris, la pauvreté, la tristesse à cacher dignement et le souvenir, toujours, de Tamaz.

Au jour de ses quatre-vingt-dix, c’est lui qu’elle attend pour une visite dont elle sait qu’elle ne doit plus être reportée tant le souffle lui manque.

Kéthévane Davrichewy, dont c’est le deuxième roman pour adultes, le premier chez Sabine Wespesier, livre un récit plein de retenue, qui ne verse jamais dans la saga familiale larmoyante là où il y aurait pourtant matière. L’émotion affleure de ces phrases courtes, de ce rythme saccadé de la respiration courte de la vieille Tamouna mais jamais elle ne submerge.

Peut-être simplement parce que Tamouna, et le lecteur avec elle, puise sa force de cet absent qui n’est jamais loin, de ce souvenir dont elle ne doute jamais qu’il se fasse de nouveau réalité. L’héroïne suspend sa vie à cette sereine attente et en passe les épreuves sous la protection de cet ange-gardien qui accompagne ses pensées. Tamaz est une figure adorée qui traverse le roman en creux et dont les apparitions sont aussi rares que belles. Comme l’héroïne, le lecteur se surprend à l’attendre, lui aussi, dans ce beau roman qu’on a la sensation de finir trop vite.

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